Agathe Habyarimana, veuve du président rwandais assassiné en avril 1994, a été interpellée mardi dans l’Essonne à la demande de Kigali qui réclame son extradition, l’accusant d’être impliquée dans la planification du génocide rwandais.
Elle a été interpellée peu avant 8 heures sur la base d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités rwandaises. Elle a ensuite été remise en liberté et placée sous contrôle judiciaire, a annoncé le parquet général de Paris. Elle doit dorénavant être présentée "dans un délai de dix jours ouvrables" devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris qui donnera ou non son aval à la demande d’extradition formulée par Kigali. "Mme Habyarimana ne va pas consentir à être extradée", a affirmé son avocat Me Philippe Meilhac.
Les autorités rwandaises ont salué l’action de la justice française. "Je félicite la justice française. C’est toujours une très bonne chose lorsque le processus judiciaire est engagé", a déclaré le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama. "C’est un très bon signe, la justice française commence à s’occuper sérieusement des dossiers" des personnes accusées de participation au génocide de 1994 au Rwanda, a estimé le ministre.
Évacuée dès les premiers jours du génocide vers la France par des militaires français, puis installée en France à partir de 1998, Agathe Habyarimana est souvent présentée comme membre de l’"akazu", le premier cercle du pouvoir qui a fomenté le génocide, ce qu’elle nie. L’attentat contre l’avion transportant son époux le 6 avril 1994 est considéré comme le signal déclencheur du génocide, qui fit environ 800.000 morts, essentiellement tutsies selon l’ONU.
Agathe Habyarimana, dont la demande d’asile a été définitivement rejetée par le Conseil d’État en octobre, est également l’objet d’une enquête à Paris à la suite d’une plainte la visant notamment pour complicité de génocide, mais n’a pas été entendue à ce stade par les juges d’instruction chargés du dossier.
jeudi 4 mars 2010