Se retourner sur son passé et savourer. J’ai récupéré ma carte de presse au début des années 90 à France-Soir (merci Gérard Baudouin) avant d’entrer à l’Equipe en 1999 (merci Didier Braun, bon, là , j’en ai fini) où j’ai eu le privilège d’accéder à mon rêve : suivre le football africain. Six CAN vous laissent des tatouages éternels entre intenses émotions et instants magiques, entre journées ensoleillées et nuits souvent éclairées. Notre travail n’est pas seulement fait d’analyses, de matches ou de comptes-rendus, il se nourrit de ces relations tissées au fil des années qui vous enrichissent pour une vie. L’Afrique m’a apporté professionnellement et humainement.
J’ai couvert ma première CAN comme on vit un premier flirt. Avec passion. C’était au Ghana et au Nigeria, en 2000, au milieu des joueurs camerounais, futurs vainqueurs, dans une désorganisation totale. J’appréciais les débuts d’Eto’o, monstrueux de talent et de confiance en lui, l’avènement d’une génération qui allait apprivoiser le continent deux fois de suite. Il y avait là Marc-Vivien Foé, décédé à Lyon, trois ans plus tard, lors d’une si émouvante soirée. Je n’oublierai jamais le cri de Marie-Louise, sa femme, sortant des entrailles de Gerland à l’annonce de son décès... Cette douleur revient d’ailleurs me hanter en écrivant ces lignes.
Marco avait débuté avec Rigobert Song, en 1994, deux gamins plongés dans la galère des Lions aux Etats-Unis. J’ai découvert Rigo à Metz et je ne compte plus les discussions que nous avons eues sur tout et sur rien. C’est un garçon qui a trimé pour arriver, qui s’est battu avec des moyens techniques, disons limités. De la misère au capitanat des Lions, ça résume une carrière, une trajectoire. On peut parfois s’arrêter sur les symboles. Il me racontait récemment comment il avait couru après l’équipe des Roger Milla en 1990, des kilomètres pour obtenir un simple autographe.
A ses débuts, il quémandait une paire de chaussettes ou un tee-shirt aux anciens. Song -qui a annoncé sa retraite internationale- n’a pas oublié son passé. Combien de fois je l’ai vu s’arrêter, accepter de pendre des photos avec des supporters parfois très envahissants ? Il n’aurait jamais imaginé se détourner de ces gens qui au fond lui ressemblaient tant. Paul Le Guen a eu l’intelligence de lui offrir quelques minutes contre les Pays-Bas. Quatre Coupes du monde dans une vie, ça compte. Ce geste ressemble à un service rendu à un personnage du football camerounais, à un personnage du foot africain. Salut Rigo. -
lundi 28 juin 2010