Le 25 avril 2026, Les Halles de Schaerbeek accueilleront la deuxième édition de Together for Congo, un événement culturel qui refuse de choisir entre scène artistique et engagement politique. Derrière cette initiative, une volonté claire : sortir la guerre à l’Est de la République démocratique du Congo de l’angle mort médiatique, et lui redonner une place dans le débat public, sans passer par les canaux habituels.
Derrière Together for Congo, on retrouve une initiative portée par des acteur·rices engagé·es de la scène bruxelloise, notamment la poétesse et performeuse Joëlle Sambi Nzeba, qui s’inscrit dans une mobilisation plus large de la diaspora congolaise en Belgique. Une implication qui donne à l’événement une assise à la fois artistique et politique, loin des prises de parole désincarnées.
Une urgence oubliée remise au centre
Difficile de parler de cet événement sans évoquer le contexte qui l’a vu naître. À l’Est de la République démocratique du Congo, les violences armées persistent depuis des décennies, alimentées par des enjeux géopolitiques et économiques complexes. Le silence médiatique qui entoure ce conflit contraste avec l’ampleur de ses conséquences : déplacements massifs, violences sexuelles, destruction d’écosystèmes.
Face à ce constat, Together for Congo choisit une voie singulière : celle de la culture comme outil de compréhension et de mobilisation. Ni conférence austère ni simple festival, l’événement se présente comme un espace hybride où l’on vient autant écouter que réfléchir et, accessoirement, danser.
Une journée en plusieurs temps, entre réflexion et vibration
Plutôt qu’un simple enchaînement de performances, Together for Congo se déploie comme une traversée. Dès midi, une balade décoloniale dans les rues de Schaerbeek ouvre la journée. Guidée par une approche critique de l’histoire urbaine, elle propose de regarder autrement un territoire familier ou comment faire surgir, au détour d’une rue, les traces souvent invisibles du passé colonial belge.
L’après-midi glisse ensuite vers les jardins et les salles, où les corps et les mots prennent le relais. Une performance de Ras Sankara, à la fois physique et symbolique, vient prolonger cette mise en mouvement des consciences. À l’intérieur, les propositions s’enchaînent sans se ressembler : théâtre documentaire avec E’VILLE 58, conférence incisive sur l’extractivisme en RDC, lecture à plusieurs voix d’un texte qui mêle l’intime au politique.
Ce qui frappe, c’est la manière dont ces formats dialoguent entre eux. Aucun ne cherche à dominer, tous participent à construire une compréhension fragmentée mais cohérente d’un conflit complexe. Le spectateur circule, écoute, assemble.
En parallèle, la Grande Halle se transforme en espace vivant, presque foisonnant. Un marché de créateur·ices et d’organisations militantes y prend place, brouillant les frontières entre exposition, engagement et échange direct. On y discute autant qu’on y découvre, dans une ambiance qui échappe au formalisme habituel des événements culturels.
À partir de 20h, la musique s’installe et redéfinit le rythme de la soirée. La musique ne fait pas oublier le propos, elle le prolonge autrement, dans les corps cette fois. Entre rap frontal, soul introspective et rythmes afro-urbains, la programmation compose une cartographie sonore de la diaspora, mouvante et indocile.
Une scène musicale à la croisée des mondes
On y croise le rappeur Akro, vétéran du hip-hop belge, mais aussi des artistes comme Badi, Bleuroise ou encore Oriana Ikomo, qui naviguent entre R&B, soul et influences afro-urbaines. À leurs côtés, des figures comme White Corbeau, récompensée en octobre 2024 pour la meilleure prestation scénique dans le cadre des G3A, ou encore Pitcho Womba Konga, lauréat du Prix Théâtre en décembre 2025 aux G3A, rappellent combien la scène bruxelloise actuelle sait conjuguer exigence artistique et engagement. Mention particulière à Kin’Gongolo Kiniata, groupe kinshasais qui fabrique ses instruments à partir d’objets détournés, et en tire une matière sonore imprévisible, tendue, résolument vivante.
Le tout se prolonge avec des DJ sets qui promettent de transformer la salle en piste de danse transcontinentale. Une manière de rappeler que la fête peut aussi être un acte collectif, voire politique.
Un espace de rencontres et d’engagement
L’événement ne se limite pas à la scène. Un marché réunira artistes et organisations militantes, élargissant le propos à d’autres luttes internationales, de la Palestine au Soudan. Une dimension qui inscrit Together for Congo dans une constellation d’initiatives solidaires globales.
L’ensemble compose un espace de circulation, des idées, des récits, des engagements, où l’on passe d’une performance à une discussion, d’une rencontre à une prise de conscience.
Une culture qui agit concrètement
Au-delà de son programme dense, Together for Congo revendique une efficacité tangible : les bénéfices de la billetterie seront reversés à des associations actives sur le terrain en RDC.
Dans un paysage culturel parfois accusé de se contenter de symboles, l’initiative mérite d’être soulignée. Ici, l’émotion ne reste pas suspendue dans l’air : elle se transforme en soutien concret.
Entre mémoire, engagement et célébration, Together for Congo s’impose comme un événement à la fois exigeant et accessible. Une proposition qui rappelle, sans grand discours, que la culture peut encore servir à quelque chose, et pas seulement à remplir des salles.
Pour plus d’informations sur la programmation complète et les modalités de billetterie, rendez-vous sur le site des Les Halles de Schaerbeek.








