PROCULTURA s’invite à la Foire du Livre

Chaque printemps, la Foire du Livre de Bruxelles transforme Tour & Taxis en vaste terrain de jeu pour éditeurs, auteurs et lecteurs. Entre signatures, débats et tendances émergentes, l’événement donne le pouls d’un secteur en constante mutation.

Cette année, un acteur un peu particulier s’y installe : le programme PROCULTURA. Plus qu’une simple présence institutionnelle, l’initiative propose une immersion dans la littérature jeunesse des pays africains de langue portugaise et du Timor-Leste. Pendant quatre jours, du 26 au 29 mars 2026, 11 créateurs, auteurs, illustrateurs, éditeurs, viennent y présenter leurs œuvres et rencontrer le public comme les professionnels.

Une vitrine… mais surtout un tremplin

À première vue, l’installation de PROCULTURA pourrait ressembler à celle de nombreux programmes culturels présents sur les foires internationales. Mais ici, l’enjeu dépasse la simple visibilité.

Arrivé à son dernier chapitre, le programme change de registre. Après sept années d’investissement dans les industries culturelles et créatives, il ne s’agit plus seulement de soutenir, mais de montrer, et surtout d’exporter. L’objectif est clair : offrir aux auteurs et éditeurs un accès concret à l’international, en les connectant directement aux acteurs du marché européen.

Dans un secteur encore largement dominé par quelques grandes langues, cette stratégie agit comme un contrepoint discret, mais structuré.

Des temps forts pour structurer le dialogue

Si la Foire du Livre constitue le point d’ancrage, le programme s’étend au-delà de ses murs. Le 27 mars, au Musée de la Bande Dessinée, plusieurs panels abordent des questions très actuelles : transition du print vers le digital, montée en puissance des audiobooks et des webtoons, ou encore circulation des œuvres entre continents.

Le 28 mars, à La Fabbrica, l’événement atteint son point culminant. Présentations de projets, exposition d’œuvres et rencontres professionnelles rythment la journée. La séquence se conclut par un DJ set et un cocktail de networking : rappel discret que dans l’économie culturelle, les échanges informels font souvent le reste.

Des projets qui racontent une autre mondialisation du livre

Derrière cette présence à Bruxelles, plusieurs projets soutenus par PROCULTURA permettent de comprendre concrètement les ambitions du programme.

Le projet BDPALOP se concentre sur la bande dessinée et agit comme un véritable incubateur pour les auteurs d’Afrique lusophone, notamment en Angola, au Cap-Vert et au Mozambique. À travers des bourses, du mentorat et des formations, il accompagne de jeunes créateurs dans la production d’albums, tout en facilitant leur diffusion, y compris sur des plateformes numériques. En quelques années, plusieurs dizaines d’œuvres ont ainsi vu le jour, contribuant à structurer une scène encore émergente.

Avec Ilhas e Encantamentos, le projet prend une autre direction, plus ancrée dans les territoires insulaires. L’initiative s’appuie sur les traditions orales et le patrimoine culturel de pays comme le Cap-Vert ou São Tomé-et-Príncipe pour produire des livres jeunesse contemporains. Mais au-delà de l’édition, le projet développe aussi des espaces culturels locaux, sortes de “maisons des contes”, et des outils pédagogiques, afin d’inscrire la littérature dans le quotidien des communautés.

Enfin, Haktuir Ai-knanoik, au Timor-Leste, se consacre à la collecte et à la transmission des récits traditionnels. Porté en grande partie par de jeunes femmes, ce projet documente des histoires issues de la mémoire orale, les adapte en livres bilingues et les diffuse à travers des ateliers, des lectures publiques et des activités éducatives. Une manière de préserver un patrimoine fragile tout en le rendant accessible aux nouvelles générations.

Ensemble, ces initiatives montrent que l’enjeu ne se limite pas à publier des livres : il s’agit de construire des écosystèmes culturels complets, capables de relier création, transmission et diffusion.

Une diplomatie culturelle en filigrane

La présence de PROCULTURA à Bruxelles n’a rien d’anodin. Soutenu par l’Union européenne, le programme s’inscrit dans une logique de coopération où la culture devient aussi un instrument de développement et d’influence.

Installer ce dispositif au cœur de la Foire du Livre, c’est tenter d’inscrire ces productions dans les circuits internationaux, tout en affirmant une diversité encore peu représentée sur les marchés dominants.

Et après la foire ?

En s’inscrivant dans la Foire du Livre de Bruxelles, PROCULTURA trouve un terrain propice pour donner une visibilité concrète à ses projets et à ses auteurs.

Au fil des rencontres, des présentations et des échanges, l’initiative esquisse des perspectives de circulation plus larges pour ces œuvres, encore peu présentes sur le marché européen.

Reste désormais à voir comment ces premiers contacts se prolongeront. Mais une chose est déjà acquise : pendant quelques jours, Bruxelles aura servi de point de rencontre, et peut-être de point de départ.