Il y a des livres qui divertissent, et d’autres qui dérangent. Présomption de culpabilité appartient résolument à la seconde catégorie. Ce recueil de dix nouvelles policières, porté par Courgette Éditions, rassemble dix femmes, autrices et mères, confrontées aux réalités de la monoparentalité. Un point de départ qui pourrait sembler sociologique, presque attendu, mais qui prend ici une tournure nettement plus incisive.

Car derrière les intrigues criminelles se joue autre chose : une reprise de parole. Ces récits ne demandent ni permission ni indulgence. Ils s’imposent.

Le crime comme révélateur social

Le polar a souvent flirté avec la critique sociale, de Simenon aux héritiers du roman noir contemporain, mais ce collectif pousse le curseur plus loin. Ici, chaque intrigue agit comme un scalpel, découpant des fragments de réalité trop rarement exposés.

Les nouvelles explorent des thèmes aussi lourds que l’inceste, le féminicide, la vengeance ou les crimes prémédités. Rien n’est édulcoré. Ici, les récits brouillent volontairement les frontières entre réalité et fiction, au point de rendre l’inconfort presque palpable.

Le résultat n’a rien d’un simple exercice de style : c’est une plongée dans ce que le système préfère parfois ignorer. Une triple violence : familiale, juridique et sociétale qui enferme ces mères dans une suspicion quasi permanente.

Des voix plurielles, une colère commune

De Talia Boomerang, Lila Jibran, Alessia Karre, Céline Letartre, Nora Lys, Ibtissam Méziane, Sarah Tshinguta Mussenge, Françoise Thomart Nimal, Catherine Wilkin et Nafi Yao, les styles varient, mais une cohérence se dessine : celle d’une colère maîtrisée. Une colère qui ne cherche pas l’explosion, mais l’impact.

Parmi ces voix, celles de Sarah Tshinguta Mussenge et Nafi Yao introduisent une dimension essentielle : celle du racisme systémique. Leurs récits rappellent que la monoparentalité ne se vit pas de manière uniforme, et que certaines réalités se situent à l’intersection de plusieurs formes de discrimination.

Ce croisement des expériences évite l’écueil d’un discours homogène. Au contraire, il enrichit le recueil, lui donnant une densité qui dépasse le cadre du simple témoignage.

Une littérature sans consolation

Publié par une maison belge attentive aux récits atypiques qui bousculent les stéréotypes, Présomption de culpabilité ne cherche jamais à apaiser. Ici, pas de résolution rassurante, pas de morale simplificatrice.

La peur devient stratégie, la culpabilité se transforme en force collective, et la fiction agit comme un espace de résistance. Le livre ne propose pas de solution clé en main : il pointe, insiste, dérange.

Une posture qui rappelle certaines œuvres contemporaines engagées, où la littérature n’est plus seulement un refuge, mais un levier.

Un lancement sous le signe de la rencontre

La sortie officielle, prévue le 9 mai 2026 à l’Espace Marexhe à Herstal, s’inscrit dans une volonté de dialogue avec le public, en présence notamment de l’échevine de la culture Sylvia Spagnoletti. L’événement, organisé en collaboration avec le Relais Familles Mono, prolonge la démarche du livre : faire exister ces récits au-delà des pages.

Au fond, Présomption de culpabilité pose une question simple, presque dérangeante : que reste-t-il de la justice quand certaines sont toujours suspectes par défaut ?

Une interrogation qui, elle, ne se referme pas une fois le livre terminé.

Infos pratiques : sortie officielle le 9 mai 2026, de 18h à 20h, à l’Espace Marexhe en présence des autrices et de l’échevine de la culture Sylvia Spagnoletti.