Belgique

MONIQUE MBEKA, LE PARI GAGNANT DU FIFAB 2015

Monique Mbeka Phoba, Marraine du Festival International du Film Africain de Belgique 2015
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Pour cette seconde édition, le pari a été de confier les rênes de la programmation à Monique Mbeka Phoba

Monique Mbeka Phoba, Marraine du Festival International du Film Africain de Belgique 2015

Monique Mbeka Phoba, Marraine du Fifab 2015

On peut d’ores et déjà le dire, deux jours avant l’entame du Festival International du Film Africain de Belgique, Monique Mbeka Phoba est le pari gagnant sur lequel Mensah Mathieu Panou a flairé le bon coup. Fille de diplomate, Monique est née à Bruxelles. Après une licence en sciences commerciales et internationales à l’Institut d’Etudes Supérieures de Saint-Luc à Bruxelles, elle fait un stage d’initiation à la vidéo documentaire aux Ateliers Varan à Paris, créés par Jean Rouch. En 1991, elle réalise avec Fred Mongu, journaliste de la Télévision nationale zaïroise, Revue en vrac (26 min.), regard sur la naissance de la presse indépendante et pluraliste au Congo. Suivront plusieurs documentaires qui ont toujours un lien avec l’Afrique (elle a vécu au Bénin plusieurs années et a travaillé pour la télévision béninoise), entre autres :

Rentrer? (1993, 52 min.) ; Deux petits tours et puis s’en vont (1997 – sur les élections présidentielles au Bénin) ; Un rêve d’indépendance(1998, 53 min.) ; Sorcière, la vie (2004, 52 min.) ; Anna From Bénin ; Entre la coupe et l’élection un long métrage sur la participation de l’équipe nationale (les Léopards) du Zaïre à la Coupe du Monde en 1974. Il a été coréalisé avec Guy Kabeya (2006, “Festival Lagunimages de Cotonou”). ; Tout le monde a des raisons d’en vouloir à sa mère. Sans oublier son plus récent ouvrage cinématographique, Soeur Oyo.

Fifab - Conférence de presse du 09 septembre

Fifab – Conférence de presse du 09 septembre

Elle-même artiste de talent, elle s’était attachée à la poésie depuis des années, et déjà, des textes fulgurants avaient été publiés dans des anthologies ponctuelles. Son recueil Yemadja qui paraît aux Éditions Mabiki en 2009 vient confirmer les promesses. Ses activités professionnelles l’avaient amenée à la périphérie du Golfe de Guinée près de Cotonou (Bénin). Dans ce cadre d’enchantements et d’émerveillement, elle a tiré la thématique de la mythologie poétique.

C’est donc à la fois une femme cinéaste et poète qui a réussi à mêler avec brio l’univers enchanteur des strophes aux messages qu’elle cherche à faire passer par ses réalisations cinématographiques.

Je souffle sur ta bouche
          Je souffle
          Pour que s’expriment
          Les mots raidis
          Les paroles pourpres

Quel lien pouvez-vous nous faire entre cinéma et poésie ?

Il suffit de voir Soeur Oyo, c’est un film dont tout le monde souligne la poésie.

MONIQUE MBEKA PHOBA SOEUR OYO 1

Fifab 2015 – Projection de Soeur Oyo, dernier film de Monique Mbeka Phoba, ce samedi 19 septembre à 10h40

À ce jour, comment vous considérez-vous ? Cinéaste ou plutôt poétesse ?

Je suis une gestionnaire de projets culturels, qu’ils soient cinématographiques, éducatifs ou littéraires. Un recueil de nouvelles congolaises va sortir au mois de novembre prochain, dont j’ai choisi les auteurs et les textes et pour lequel j’ai géré les contacts avec une maison d’édition parisienne. Une autre fois, j’ai géré un séminaire de formation avec des élèves de l’Institut National des Arts, à Kinshasa. J’ai aussi initié et géré un festival de films et de télévision à Cotonou, à Bénin, durant 7 ans. J’écris des nouvelles et des poèmes, je fais des films aussi. Je suis bien une gestionnaire de projets culturels.

Vendredi 18 septembre marquera l’ouverture du Fifab 2015. Un stress particulier ou zen attitude ?

Zen attitude. Je stresse avant pour faire tout le mieux possible. Au moment même, ce n’est plus la peine !

Vous aviez émis des critiques à l’encontre du Festival d’Ixelles qui existait avant celui du Fifab. Que reprochiez-vous exactement à ce festival ? Apporteriez-vous au Fifab les propositions que vous souhaitiez voir au Festival d’Ixelles ?

Je trouvais que le festival Afrique-Taille-Ixelles n’intégrait pas suffisamment les cinéastes et les communautés de la diaspora africaine, présents en Belgique, dans la conception et la réflexion sur leur festival en général. Dans l’édition actuelle, j’ai vraiment pris, en tant que chargée de la programmation, le contre-pied de cette attitude. Les thèmes des débats sont, on le voit, aussi le reflet de ces préoccupations.

Quels sont les points essentiels à avoir pour devenir un bon cinéaste ?

Savoir ce qu’on veut et ce qu’il faut traverser pour atteindre ses objectifs. Savoir travailler collectivement. Savoir trouver des partenariats pour être soutenus. Avoir un bon sens du tempo : parfois, il faut attendre, d’autres fois, il faut courir… C’est un métier très lourd, très exigeant physiquement et psychologiquement. De plus, il faut avoir une très bonne appréciation de soi et des compétences qu’on a, pour en tirer partie.

Aujourd’hui, le pari réussi a été d’être pris au sérieux par les interlocuteurs

Cheik Fita, journaliste chez Info en ligne des congolais de Belgique a dit : il n’y a pas de raison pour que ce festival soit pauvre parce qu’il est organisé par des africains. Évoquant ainsi l’aspect du modèle économique pour ce type d’événement prestigieux. Qu’est-ce qui a été fait à ce niveau pour cette édition, et les perspectives pour les futures ?

A un moment, il faut décider de lancer la machine. Montrer ce qu’on peut faire. Ensuite, les choses peuvent s’enclencher. En 25 ans de carrière, j’ai vu à quel point les actions priment sur le bon dossier. Le milieu africain est extrêmement attentiste. Mais, quand il voit le travail bien fait, il réagit. Et c’est le pari que nous faisons aujourd’hui ! Je pense qu’on pouvait bavarder des années à presenter notre projet sur papier. Aujourd’hui, après la concretisation de 2 éditions, nous pouvons être pris au sérieux par des interlocuteurs ! Qui, d’ailleurs, viennent maintenant vers nous spontanément, frappés par notre dynamisme, ce qui nous fait bien augurer de l’avenir !

La place de la Femme d’origine africaine dans le cinéma et l’acteur Noir face aux écrans blancs sont deux des thèmes qui seront débattus respectivement samedi et dimanche. Votre avis personnel ?

ACHAÏSO YAENGO, modératrice du débat "Les Femmes d'origine africaine dans le cinéma de la diaspora". Également animatrice du programme "Sous l'arbre à palabres", radio campus Bruxelles

ACHAÏSO YAENGO, modératrice du débat « Les Femmes d’origine africaine dans le cinéma de la diaspora ». Également animatrice du programme « Sous l’arbre à palabres », radio campus Bruxelles

Je tiens à laisser les débats se dérouler pour répondre à ces questions. Il y aura des intervenants très compétents, de générations différentes. Je crois que ces débats seront très riches, car il y a beaucoup à dire !

Lors de la conférence de presse du 09 septembre dernier vous avez appelé à une prise de responsabilité de la nouvelle génération. Trouvez-vous qu’elle doive faire encore plus ?

Quand j’étais étudiante, dans les années 80, il y avait 3 troupes de theâtre africaines de grande qualité, qui attirait un public de toutes origines : le JTA (Jeune Théâtre Africain), le Théâtre Mwinda et le Théâtre du Fleuve, dont le directeur écrivait lui-même le texte des spectacles. Son dernier spectacle “Soukouss Parade” a même été une comédie musicale, avec une partition composée spécialement pour l’occasion.

Aujourd’hui, Toma Luntumbwé est un tout grand monsieur dans les instances de l’art contemporain en Belgique. Il y avait plusieurs orchestres musicaux : les orchestres de musique étudiants de Belgique étaient renommés jusqu’au pays. Qu’on se souvienne de “Los Nickelos” ! Le premier film congolais qui a fait parler de lui sur un plan international, “Moseka”, de Kwami Mambu Nzinga, a été entièrement joué par des étudiants congolais. Les cours de danse africaine étaient pleins à craquer, les écoles de percussions aussi. Il y avait des boîtes de nuit très courues, “Le Vatican”, “Le Timis”, “Le Mambo”, toutes créées et gérées par des africains. Des journaux, comme “Tam-Tam” et “Negrissimo”. C’est un ancien étudiant de cette période des années 1980-1990, Djo Munga, qui a suivi les cours de l’école de cinema INSAS et qui a ensuite réalisé ce film “Viva Riva!”, digne héritier de “La Vie est Belle”, de Ngangura Mweze et benoît Lamy.

Je trouve que les personnes se mettent plus difficilement ensemble sur des projets sur le long terme. Mais, bien sûr, il y a des exceptions et notamment Afrikan Diaspora Cinema et Roots Events . L’esprit est cependant beaucoup plus individualiste.

Moi aussi j’ai été beaucoup aidée par les anciens

Marie-Charlotte Tatepo dit de vous : elle représente vraiment pour moi la femme forte. Intelligente et charmante à la fois. Elle est une tendre épaule sur laquelle les autres peuvent se reposer (de temps en temps)… C’est une personne qui est toujours prête à conseiller son prochain et partager ses expériences pour y arriver. À quoi ressemblerait donc Monique Mbeka Phoba lorsqu’elle est en colère ?

MONIQUE MBEKA PHOBA SOEUR OYO 2

Je suis souvent en colère. Je n’ai pas du tout un tempérament aussi calme qu’il y parait, à la vérité ! Même Marie-Charlotte l’a vécu. Mais, je suis toujours fière des jeunes africains, qui ont de l’ambition, des compétences et savent aboutir dans leur projet respectif. Moi, j’ai été beaucoup aidée par des anciens. C’est normal aujourd’hui que je fasse pareil avec la génération qui me suit.

Comme mots de fin…

J’aimerai voir venir la foule au FIFAB , ne fût-ce que pour reconnaître l’investissement de cette équipe qui s’est vraiment battue pour la réussite de l’édition et pour récompenser son esprit très collectif. Je tiens à les citer tous : le directeur Mathieu Panou, en premier lieu, qui, donnant beaucoup de lui-même, sans se décourager après les résultats décevants de la première edition, a réussi à nous rassembler autour de lui, la coordinatrice générale Sophie Van Herck, organisée et multi-fonctionnelle, veillant au moindre détail et qui s’est investie avec beaucoup de coeur, Marie-Charlotte Tatepo, qui est une découverte et a une façon de gérer la communication de façon très inventive et personnelle, et enfin Bravo S. Ngoma, le fidèle des fidèles, dont l’apport de graphiste se combine à un caractère plein de zénitude et d’amour des autres, bien utile dans les circonstances difficiles… On n’était pas assez, mais chacun de nous a fait le travail pour 3. Pas le choix !

Un grand merci aussi à tous nos partenaires media, dont vous-mêmes . Cela a été très réconfortant d’être ainsi entourés et de nous apercevoir que le parc médiatique africain est vraiment exponentiel et multiplie les plate-formes d’information de qualité.

MONIQUE MBEKA PHOBA SOEUR OYO 3

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