Belgique

Kody, de l’ombre schaerbeekois à la lumière belge

kody comédien belge
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Voici comment en quelques années, ce diplômé en Sciences politiques né à Schaerbeek et de père diplomate, est passé en un éclat de rire de l’ombre à la lumière.

kody comédien belge

Kody: Prix du divertissement humoristique aux brukmer Golden Artistics Awards 2016

Kody est un grand homme de petite taille, Kody est visible, Kody est travailleur, ambitieux, mais surtout, qu’est ce qu’il est drôle!  Nous sommes allés à la rencontre du visage afro-descendant le plus connu du paysage audiovisuel belge.

Tes premiers pas dans l’humour

j’ai commencé l’humour parce que j’étais très timide et cela me permettait de sortir de moi-même. J’ai commencé à travailler avec ce petit rêve en tête. Des copains me disaient que je faisais de beaux discours de mariage. J’écrivais sur des cartes de vœux avec beaucoup d’humour pour mes sœurs, j’aimais écrire et faire rire. Quelqu’un m’a conseillé de tenter un one man show, j’ai fait la première partie d’un spectacle qui a plu, je suis passé de 15 à 20 minutes de spectacle, puis 45 minutes et 1 h.

Puis vint la RTBF

Je me suis fait produire par le « king of comédie » qui produisait d’autres artistes. On était donc un groupe de jeunes comédiens issus de toutes origines. On a pensé et proposé une émission à la RTBF radio, une sorte de « grosse tête » avec des jeunes. La RTBF nous a suivi, car ils recherchaient justement de l’humour dans leurs programmes. Il faut dire qu’en Belgique, il n y avait que François Pirette et les frères Taloche. Cette émission, « les enfants de cœur» a connu du succès avec 250.000 auditeurs chaque saison. François Pirette est venu en 2010 nous chercher pour faire à la télé le « belge comédie show » que j’ai animé.

En parallèle, j’accumulais des petits rôles dans des films, j’ai présenté le gala « rire contre le racisme » et pas mal de trucs avec Jérôme de Warzee dont L’émission « Le grand cactus » qui a démarré en septembre et pour laquelle nous continuons de battre notre propre record d’audience.

L’aventure chez Ruquier (On ne demande qu’à en rire)

Avant l’émission, je connaissais tous les comédiens, car j’étais souvent à Paris pour jouer avec la plupart. J’avais déjà été contacté pour participer à l’émission. J’avais été frileux car je trouvais que ça pouvait être dangereux de s’exposer de cette façon devant un jury, une sorte de star academy de l’humour. Ceux qui ont choisi de le faire ont eu raison, car ça les a poussé à travailler plus, un gain de visibilité énorme, ils ont gagné beaucoup de temps. Certains ont profité de cette visibilité, d’autres sont retombés dans l’anonymat.

Au final,  j’ai participé à la dernière saison. Après mes trois passages, la prod savait déjà que c’était la dernière émission. C’était une émission qui venait boucher un espace dans la programmation. Ça marchait bien au départ, puis visiblement le succès s’est estompé.

Tes rapports avec l’Afrique

Plus jeune, mes parents m’emmenaient au Congo tout le temps, puis j’ai passé 18 années sans y retourner et depuis 5 ans, j’y vais très souvent. Je suis Parrain du festival d’humour à Kinshasa. Le pays est très inspirant et je travaille avec les jeunes comédiens locaux, qui sont très bons, mais à qui je préconise de s’ouvrir un peu plus. Je discutais avec le comédien ivoirien Gohou qui appréciait nos talents, mais regrettait l’utilisation du Lingala qui limite l’accessibilité de leurs œuvres au grand public.

Il y a un véritable problème au Congo. Je suis croyant, mais il y a de l’abus avec des églises dans tous les coins de rues. C’est un véritable fléau. En même temps c’est drôle de voir les noms d’églises « mon Dieu est plus fort que le tien », « salon de coiffure divin »… C’est un peu abusé.

Le douanier de Kinshasa

Quand tu débarques à Kin, le douanier a un projet à court terme et tu te rends vite compte que le projet c’est toi! Il me demande mon passeport, quand je lui donne, il me dit qu’il y a une page manquante. Après discussions, je finis par comprendre qu’il parle d’argent. Je glisse un billet de 5 dollars dans le passeport et il me dit en souriant : « j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi. La bonne c’est qu’on a retrouvé la page, mais la mauvaise c’est que ce n’est pas la bonne page. Celle-ci est trop petite! »

Un noir à la télévision belge

La télévision est un outil très bizarre. Quand on vous voit tout le temps à la télé, on croirait que vous êtes arrivé, mais quand on ne vous voit plus, on pense que vous êtes mort. Passer d’une surexposition médiatique à plus rien, c’est dangereux. La tv c’est un artifice, ce n’est que du divertissement, tout est pensé à l’avance, c’est du spectacle, tout est mis en scène. Elle peut casser tout ce qu’on a, ce qu’on est. Il y a des gens qui après une exposition médiatique, arrêtent tout.

Donel Jacksman par exemple qui est un ami, est venu à kinshasa pour le festival. Après l’aventure Ruquier,  certains le croient disparu, pourtant  il organise un spectacle qui s’appelle block Party qui rassemble des humoristes et des chanteurs. ça cartonne sur Paris.

Avec les femmes c’est plus facile…

Toutes les expositions ont un côté intrigant, c’est vrai que le contact est plus facile, ça doit faciliter mais bon je n’en abuse pas 🙂

Le boycott des oscars par les acteurs noirs

J’ai adoré l’introduction de Chris Rock car il a été drôle et ferme en même temps et je pense comme lui qu’avant tout, les noirs ont besoin d’opportunités. Le cinéma doit refléter la diversité qui existe. Ils ne doivent pas qu’être à l’écran, mais aussi derrière dans les rôles de réalisateurs, de producteurs. Quant au boycott, personnellement si moi on m’avait invité je serais allé (fou rire), il ne faut pas se voiler la face, ne nous mentons pas. Will Smith peut se le permettre, c’est l’un des acteurs les mieux payé d’Hollywood mais c’est important qu’il boycotte aussi pour faire passer le message.

A la télé, noir de service? objet d’instrumentalisation?

Au contraire, qui utilise qui finalement ? Parfois avec des amis, on se dit souvent qu’on est en mode cheval de Troie. Je n’ai pas la sensation qu’on soit venu me chercher parce que je suis noir. Nous sommes rentrés à la télé avec un groupe multiculturel, c’est nous qui avions proposé une émission radio, ils ont accepté, on a proposé des émissions de tv. Je suis rentré en poussant la porte avec une émission multiculturelle.

Le profil de ton public

Il n’y a pas beaucoup de noirs qui viennent voir mes spectacles, c’est quelque chose que je regrette même si aujourd’hui ça change, surtout à Paris et beaucoup moins ici. Pourtant je vois les maghrébins, ils sont là en masse pour soutenir les comédiens issus de leurs communautés. Après, je ne suis pas non plus un porte drapeau de la communauté africaine. Peut-être on le devient malgré soi, mais ce n’est pas mon but. Moi je veux juste être bien avec les gens de tous bords et de toutes origines.

C’est qui le boss de l’humour francophone?

Je n’ai pas suivi les derniers spectacles, mais pendant longtemps c’était Dieudonné. Malheureusement il est rentré dans un mauvais jeu que je regrette. Il réussissait à faire un spectacle par an avec des sketchs qui sont de véritables chefs d’œuvres.

Les projets

Mon terrain de jeu c’est la francophonie, tous les pays francophones, les territoires d’outre-mer… Je m’y déploie petit à petit.  J’ai joué un passage dans le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael. J’ai tourné un film qui sort en septembre avec François-Xavier Demaison . Je produis une capsule télé pour canal plus Afrique. Je prépare l’écriture d’un film sur la communauté africaine, et bien sûr, je continue mon spectacle qui s’appelle « A vendre ».

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