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Leonne Jacovacci: Le champion d’Europe effacé de l’histoire parce que noir sous l’Italie fasciste

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Vous pensiez que Mario Balotelli était le premier sportif à être conspué pour sa couleur de peau en Italie ? Et ben non.

Car bien avant lui et même Cécile Kyenge, ancienne minstre italienne pour l’intégration de 2013 à 2014, l’Italie a connu de belles heures dans la boxe avec Leone Jacovacci. Retour sur un parcours brillant qui n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait.

Jacovacci le boxeur (1902-1983), métis et italien, né d’un père ingénieur italien et d’une princesse congolaise. Son histoire a été racontée dans le livre « Nero di Roma » de Mauro Valeri, écrivain italien décédé en 2019, et un des grands experts italiens sur le racisme.

Leone Jacovacci est né en 1902 à Pombo, en République démocratique du Congo. Son père, Umberto Jacovacci, travaillait pour une compagnie belge, et a été envoyé au Congo. De là, il a été envoyé à Sanza Pombo en Angola, mais à l’époque c’était le Royaume du Kongo, où il a rencontré la mère du futur boxeur, Zibu Mabeta, une princesse babuendi; peuple présent à la frontière entre la république du Congo et le Gabon.

Il a été champion d’Europe à l’époque de l’Italie fasciste. Son titre lui a été refusé, et il a été effacé de la mémoire officielle par le régime fasciste de « Il Duce ».

Le quinzième round qui efface tout

Selon l’article de Vittoria Scarpa, l’histoire se passe à Rome, en 1928, en plein régime fasciste. Dans le stade national (aujourd’hui renommé Flaminio), 40 000 spectateurs sont présents dans les gradins ; un ring a été installé au milieu de la pelouse. Deux Italiens se disputent le titre européen, un événement inédit qui fut la première transmission radio en direct jamais réalisée en Italie. Un film montre tous les moments de la rencontre, jusqu’au quinzième round. Et puis c’est le noir complet : les dernières minutes manquent, celles de la victoire d’un des opposants, coupées au montage, disparues à jamais. C’est que le gagnant n’est pas le blond Mario Bosisio mais bien Leone Jacovacci, un beau champion, aimé du public, mais qui a pour Mussolini un seul gros défaut : celui d’être noir.

Le film, inspiré du livre « Nero di Roma » de Mauro Valeri (Éditions Palombi, 2008), le premier à avoir reconstitué l’histoire de Jacovacci. Le film raconte l’histoire de ce grand athlète méconnu, de sa naissance au Congo d’un père italien et d’une mère africaine à ses premiers matches de boxe à Londres et Paris, où il a fini par aller chercher une certaine reconnaissance, après une enfance passée à Rome, où il a exercé différents petits métiers sous plusieurs identités (notamment celle de Jack Walker, un afro-américain). Après son retour en Italie, et un long combat pour être reconnu comme citoyen et boxeur, il a finalement pu défendre les couleurs transalpines. Du moins jusqu’à ce fameux match qui a vu son triomphe mais aussi, paradoxalement, scellé la fin de sa carrière, le réduisant au silence et l’envoyant aux oubliettes.

Comme conscient de ce risque d’effacement de la mémoire collective, Jacovacci avait, très intelligemment,  compilé pendant des années, jour après jour, des photos et articles sur son parcours de boxeur, y compris celui qui dit, quelques jours avant la victoire, qu’il n’était “pas possible qu’un noir puisse représenter l’Italie à l’étranger”. Le sportif a tout annoté minutieusement (les matchs, perdants ou gagnants), sauf, justement, ce match de championnat d’Europe, qui reste une page vierge, comme si Jacovacci s’était lui-même censuré.

C’est l’histoire d’un grand champion, d’une grande injustice, et aussi d’une revanche posthume (puisque Leone est mort en 1983 à Milan, où il travaillait comme gardien). Cette histoire, au thème très actuel, invite à réfléchir non seulement sur le racisme, mais aussi sur la méfiance entre compatriotes, et à se souvenir des Italiens noirs qui ont compté dans l’histoire de la Botte, parce que, comme le dit très bien Valeri

“si un noir ne peut devenir blanc, essayons donc de rendre ce pays plus noir”.

Ses successeurs se nomment Sumbu Kalambay et Nino La Rocca (« Le Mohamed Ali italien selon les médias américains de l’époque), qui ont été respectivement champion du monde et champion d’Europe chez les poids lourds.

C’est une histoire incroyable sur la manipulation du réel, et bien sûr sur le racisme, que raconte « Il pugile del Duce », un documentaire interpellant réalisé par Tony Saccucci, professeur d’histoire et philosophie. Le film a été produit par Istituto Luce-Cinecittà, qui en assure aussi la distribution et qui a été lancé sur les écrans italiens le 21 mars 2017, à l’occasion de la Journée mondiale contre le racisme.

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