Société

Mahalia Jackson: « i have a dream », c’était elle!

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« Tell them about the Dream » : Mahalia Jackson, ou la souffleuse de rêve

Un poste, un métier qu’il faudrait penser à créer s’il n’existait pas encore aujourd’hui, c’est celui de souffleur. Pas le souffleur du théâtre, caché derrière le rideau, qui aide de temps à autre l’acteur en panne de mémoire à retrouver ses mots. En fait, nous parlons ici d’un souffleur pour personnalités publiques ; pas un dans le genre de l’antiquité, l’esclave qui était chargé de rappeler à tue-tête à un illustre personnage qu’il était mortel – Memento mori. Il serait plutôt question d’un souffleur intelligent, si possible plus intelligent même que le tribun qui l’emploie, et qui aurait la délicate fonction de veiller à ce que son patron, la personnalité publique, reste courtois et décent dans son discours, dans ses déclarations.

L’empêcher de dire des conneries ; ou alors, l’empêcher de proférer ses insanités. Voilà, c’est propre.

Une qualité qui serait exigible à l’homme ou à la femme qui veut exercer le métier de souffleur (ou de souffleuse ?), c’est le tact. La discrétion. Rester effacé ; souffler si possible dans l’oreille du boss sans attirer l’attention de l’entourage. S’entendre avec lui sur un petit code du langage des signes. Car pour le souffleur le tout ne serait pas de corriger son  patron ; en privé tout comme en public, il faudrait pouvoir le faire sans toutefois blesser son amour-propre, sans le faire passer pour un con, ou plutôt pour un ignorant, ou mieux, un désertique – n’oublions pas, nous plaidons pour la courtoisie, et donc sachons choisir nos mots. Un cas d’école qui pourrait être cité en exemple, c’est comment Voltaire s’y prenait pour corriger avec de la manière le prince royal Frédéric II de Prusse. On lit dans la correspondance du philosophe de Cirey adressée au prince,

« Votre main distraite a mis… [tel mot plutôt que tel autre] », « Il y aurait sur cela bien des choses à dire ; mais ce serait porter de l’or au Pérou que de fatiguer Votre Altesse Royale de réflexions philosophiques. »

Voilà, tout un art de délicatesse, quand on connaît d’autant plus le sarcasme et l’ironie particuliers à la plume de l’auteur, qui ne ménageait pas ses adversaires dans les joutes verbales (ce qui lui aura d’ailleurs valu, soit dit entre parenthèses, quelques coups de bâton « bien aplicados »).

Le souffleur pour personnalités publiques qui manquerait de tact serait tout le temps assis sur un siège éjectable. On voit mal en effet comment certains présidents de notre époque, à la verbosité débridée, incontrôlable, auraient pu s’accommoder d’un clerc aussi encombrant. Comment empêcher au président Donald Trump par exemple, qui tweetait sur des sujets sensibles depuis son lit conjugal, et qui l’eût fait même à moitié sonné dans un lit d’hôpital, de dire spontanément ce qu’il a envie de dire sur son rival, ou contre un pauvre diable de journaleux qui l’a bien cherché ? En moins d’une semaine il eût congédié son souffleur, dans l’exaspération : « You’re fired ! ».

Les personnalités françaises ne sont pas en reste

Eux, les hommes d’État français, qui passaient jusque-là pour les maîtres de la diplomatie et du politiquement correct. On attendra sagement que le jeune président Emmanuel Macron ne soit plus à l’Élysée pour aller fouiner dans son amphigouri d’aspirant écrivain. Son arrière-prédécesseur en tout cas nous en a légué, de la matière ; de quoi nous régaler encore pendant quelque temps, dans la bêtise – non, restons courtois : dans l’indécence. En voici une, inoubliable, des frasques verbales de Nicolas Sarkozy, bien parties pour « rentrer dans l’histoire », celle-là : Alors qu’il devisait avec les journalistes sur les débordements de l’immigration clandestine et ses milliers de morts et de naufragés, on l’a entendu déclarer, cynique, en ses termes bien à lui, que ce fléau était comparable à un tuyau de plomberie qui en viendrait à rompre dans votre cuisine et à y libérer ses incongruités (y compris les parfums). Une vraie catastrophe. On se croirait dans une taverne de « L’île au trésor » de Robert Louis Stevenson, ou dans un club tchapalo quelque part là-bas, au Cameroun (toi-même, tu sais !). Mais non, c’est bien le président de la République française, Nicolas Sarkozy, qui a tenu des propos aussi abjects.

« O quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée ! »

Dans le même registre, le président philippin Rodrigo Duterte n’est pas au plus bas de la liste.

« Tant qu’il y aura un grand nombre de belles femmes, il y aura plus de cas de viol »,

a- t-il déclaré. Donc il serait dans l’intérêt de nos mères, sœurs, filles et épouses, qu’elles prennent souvent le temps de se faire moins belles, Mesdames ! Sinon… Plus récemment, Digong, c’est le surnom du président philippin, a mis en garde les vaccinosceptiques :

« Si vous ne vous faites pas vacciner, je vous fais arrêter ! »

Eh oui, à toi de voir : ou tu te laisses piquer, ou tu vas au gnouf.

Mais le champion est, était vraisemblablement l’ex-président du Zimbabwe en l’occurrence, Robert Mugabe. Ah oui, quand il s’agit de parler, nous Africains sommes les meilleurs. Ils ne savent pas ce qu’ils manquent, les autres, à ne pas apprendre nos langues ! La verve de Mugabe aurait fait mouche sur les parquets du One man show. Sans blague.

C’est à se demander s’il ne s’était pas trompé de vocation. A côté, Coluche même eût donné volontiers le café (« Mes respects, grand maître ! »).

Voici pour vous un cru de l’ex-président zimbabwéen :

“A woman is a swimming pool. Don’t bother finding out who swam before you, who is swimming with you, who will swim after you. Just enjoy swimming.”

Et le coup de grâce du président Mugabe, en français cette fois :

« Alors que les hommes cherchent à avoir un pénis plus gros, les femmes elles prennent des décoctions pour rétrécir leur vagin. Comment pouvons-nous évoluer si nous œuvrons ainsi les uns contre les autres!»

Soyons sérieux, c’est à pleurer (de rire), de tels propos, venant d’un président de la République. D’où l’urgence, capitale, de premier ordre : la scène publique et notamment politique a besoin de souffleurs pour personnalités publiques. N’oublions pas que c’est par la parole qu’on déclare la guerre, attise ou suscite les sentiments de haine, de jalousie, de tribalisme, de racisme, d’extrémisme. Il n’y aurait aucune honte, aucun démérite pour un grand homme à avoir son souffleur, et même à lui tendre sciemment son oreille en public. La bonne inspiration ne nous vient pas toujours spontanément. La solution serait d’avoir à ses côtés une personne avertie, cultivée, intelligente qui pourrait de temps à autre vous souffler le fin mot, lorsque sous l’emprise de la pression les nerfs sont près de craquer. Les plus grands orateurs y ont souvent eu recours.

La souffleuse du pasteur King

Martin Luther King, pour son immortel discours, aurait été inspiré par l’anonyme Mahalia Jackson, une «gospel singer » qui se tenait juste derrière le grand homme à cette occasion. D’après le New York Time (Numéro spécial MLK du 26 août au 02 septembre 2013), la chanteuse lui aurait soufflé dans le dos avec insistance, alors qu’il introduisait timidement le discours préparé qu’il avait sous les yeux : « TELL ‘EM ABOUT THE DREAM, MARTIN. TELL ‘EM ABOUT THE DREAM. »

Correspondance : Palabre intellectuelle

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