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Baloji, l’ascension fulgurante d’un enfant du rap belge

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« Je n’ai pas spécialement de rancœur, je ne calcule pas trop Starflam, je ne regrette pas Starflam… »

Baloji est un o.v.n.i de la chanson. Son style incasable, est nourrit d’influences théoriquement incompatibles. Hip-hop, jazz, slam, rock, rumba congolaise, électro… et même si ce géant timide semble lui même incapable de définir ce style, son succès international lui vaut d’être érigé au rang des ambassadeurs de la musique belge.

En 2008, Baloji remporte les octaves de la chanson française et du meilleur album de l’année. En 2016, de nouveau il a reçu l’octave de la musique urbaine. Un paradoxe! une reconnaissance en demi-teinte, car la musique de Baloji n’est quasiment pas diffusée sur les ondes belges. Rien d’étonnant, Baloji ne fait pas de la musique pour plaire, il ne participe pas à la traque aux vues youtube, il explore, il s’amuse, et surtout, distille des messages parfois forts, probablement durs à avaler, à diffuser. Une sorte de miroir déformant, indigeste aux yeux d’une société qui n’a toujours pas réglé ses tabous coloniaux et post-coloniaux.

Le départ Starflam

starflamTout est parti de là il y a 19 ans, Mc Balo est le plus jeune membre de l’un des groupes de rap les plus célèbres du royaume. Avec Akro et Kaer, Starflam devient disque de platine en 2001.
3 ans et 2 albums plus tard, Baloji quitte le groupe, dit-il épuisé par la lourdeur d’une machine qui peine à avancer et à s’ouvrir à de nouveaux horizons. L’artiste prend alors son envole, abandonne le Rap, trime, grandit, chute, rebondit avant de devenir l’o.v.n.i tant convoité que la célèbre maison de disque anglaise Bella Union fera signer en 2016. Entre temps, L’Amérique et le monde anglo-saxon lui avaient ouvert les portes et offert ses scènes. Le géant congolais enchaîne les festivals, mais reste attaché à la Belgique qui l’a vu grandir.
Son divorce avec Starflam, sa vie, ses péripéties en Belgique et sa vision de la société, Baloji les aborde sans aucune forme de tabou au cours de cet entretien exclusif. A l’image de sa musique, Baloji s’exprime humblement, mais librement. Rien à caler des codes, l’esprit est punk. A 39 ans et 20 ans de carrière (quand même!) nous avons donné la parole à une désormais référence de la musique belge.

Les pieds dans le plat, quel est aujourd’hui ton ressenti par rapport à Starflam?

Je n’ai pas spécialement de rancœur, je ne calcule pas trop Starflam, je ne regrette pas Starflam. Quand Starflam a eu du succès, j’avais 18 ans, j’étais bébé, tu ne te rends pas trop compte des enjeux, tu ne sais pas trop que tu as marqué une génération en Belgique.
Je ne suis même pas en contact avec eux, ils ont fait une reformation, ils sont passés par mon agent et un de mes frères à Liège pour demander si ça m’intéressait, j’ai dit que non, je trouve cela naze, mais ça s’est arrêté là. Je n’ai été en contact ni avec Akro ni avec Kaer. Personne ne m’a appelé. La seule chose que j’ai entendu de Starflam, c’est que l’année dernière, ils ont été scandalisé parce que j’ai fait une pub pour Coca-cola et que c’était un outrage à leurs images. Au fond de moi, sincèrement, je m’en fous.

Les gens du métier trouvaient que tu te distinguais déjà particulièrement dans ce groupe

C’est parce que je suis grand de taille (rire)

Concrètement, pourquoi avoir quitté le groupe ?

J’ai quitté Starflam parce que c’était un groupe de 7 personnes. Avec tout l’entourage, on se retrouvait à une quinzaine de personnes avec une sorte de démocratie et de prise de décision dite collégiale. Une simple discussion rien que sur le choix de la couleur de la pochette, ça prenait une énergie folle et moi, le plus jeune, j’habitais à Liège et je me tapais à chaque fois 2h de train pour aller à une réunion à laquelle parfois personne ne pointait le nez. Tout était compliqué, c’était interminable. Un groupe avec tant de gens qui décident, c’est… 14h de réunions.
L’autre élément que personne n’aime aborder, c’est le public! C’est le public qui décide. C’est lui qui dicte lesquels membres du groupe sont plus inintéressants que d’autres. Du coup cela crée un schisme à l’intérieur du groupe entre ceux qui sont dans la lumière et ceux qui ne le sont pas. Doublé à cela, ceux qui prennent de la drogue et ceux qui n’en prennent pas, c’est des trucs cons mais qui font que jamais vous n’êtes sur la même longueur d’onde. J’ai attendu que tout le monde ait son statut d’artiste et je suis parti. Je n’ai pas fait un enfant dans le dos, j’ai prévenu de mon départ en 2003, j’ai arrêté en 2004.

Tu avais tout préparé? sûr de ton coup ?

Je n’avais pas un projet particulier en solo, mais on avait déjà eu 2 albums et du succès. S’exporter hors de la Belgique était compliqué. Mais attention j’ai tout appris avec eux. Starflam m’a apporté énormément.

Après ton départ, tu nous a pondu un style incroyable, que je te laisse le soin de définir

J’en sais rien du tout !

On est d’accord, ce n’est plus du rap !

Non et je n’ai pas l’intention de le refaire. En fait, tu fais la musique que tu as envie d’entendre. Faire de la musique en 2016, c’est particulier, car c’est extrêmement orgueilleux, vu que tous les plus grands existent, il n’y aura pas meilleur guitariste que Franco, tu ne trouveras pas meilleur rappeur que Notorious BIG. Les meilleurs ont déjà existé. C’est en même temps prétentieux et dangereux, car tu te dévoiles et accepte d’être une cible. C’est assez schizophrénique. Moi, J’ai décidé de faire de la musique que je veux entendre, pour le plaisir.

Qu’est ce qui explique que le label anglais Bella Union ait jeté son dévolu sur toi?

Je suis en effet la première signature francophone pour ce label et de plus africaine. Il s’agit d’un Label qui aime bien signer des artistes indie. Indie rock, indie pop, alors peut-être que mon style en réalité c’est de l’indie afro.

Tu as connu des moments difficiles après ton premier album « Hôtel impala »

En 2009, je suis allé à Kinshasa que je ne connaissais pas, car je suis d’origine katangaise. J’y ai retrouvé une énergie créatrice magique comme à New York. J’ai enregistré 15 titres avec eux. Je suis arrivé chez mon éditeur Universal France qui m’a dit qu’il était hors de question de sortir une telle merde. A l’époque en musique africaine, c’était Amadou et Miriame, Magic Système…De la musique pour mariage du dimanche. J’ai répondu à Universal que je ferai ce que je veux faire! Ils m’ont tous lâché y compris mon manager. J’ai envoyé mon travail à tous les labels au monde sans succès. Je suis retourné à Kin pour réaliser tous seul mes clips, puis j’ai renvoyé mon travail et pareil, personne n’en a voulu. J’étais dégoûté jusqu’à ce que sur twitter, des anglo-saxons réagissent. Des groupes américains, des célébrités comme Nas, qui ont réagi et relayé à des personnes clés tel Gilles Peterson et du jour au lendemain, on s’est retrouvé à aller faire des showcase à New York, puis un tourneur là bas nous a booké 40 dates. Certains médias ont réagis, notamment le New York Times.

Est-ce un problème pour toi d’être si peu diffusé sur les médias belges ?

Je m’en fiche complètement! Ça peut paraître bizarre, mais dans la musique, je ne cherche pas tellement à plaire. Je suis plus touché par le succès d’une Christine and the Queens qui s’est entêtée à faire ce qu’elle voulait alors que son label trouvait l’album invendable. C’est une démarche différente que celle par exemple de Stromae qui provoque le buzz, crée des actions youtube pour avoir des vues… Ce n’est pas mon style, je ne trouve pas tout cela très funcky. Tôt ou tard, si tu es honnête, tu trouves ton public disait Bob marley.

Sans avoir grandi au Congo, d’où te vient cette conscience politique ressentie dans tes chansons?

Désolé de vous décevoir, mais je n’ai pas de conscience politique. Je suis né à Lubumbashi, je suis arrivé en Belgique à 3 ans. A 21 ans j’étais à 2 doigts de me faire rapatrier et là je me suis rendu compte que je ne suis pas blanc. Avec beaucoup de chance, je m’en suis sorti. j’ai quand même été sans papiers pendant 3 ans malgré mon statut d’artiste.

Tes rapports avec la communauté afro-belge?

je ne suis pas vraiment investi, je suis isolé à Gand, proche de ma petite fille. Il n’y a pas de secret, je travaille minimum 12h par jour et le fait de rester isolé, te permet de travailler. C’est très facile de se faire rattraper par le « good live ». je m’adresse à une communauté africaine qui doit refuser de se contenter du minimum. Nous devons viser l’excellence d’une certaine manière. Mes messages sont: fais toi plaisir et travaille beaucoup.

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