MRAC musee royal d'Afrique centrale de Tervuren
Arts visuels

Musée royal d’Afrique centrale, un changement qui ne change rien !

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Véronique Clette-Gakuba, chercheuse (Innoviris-Prospective Research for Brussels) au centre de recherche METICES, partage ses impressions après une première visite du « nouveau » musée.

Novembre 2018, le Musée royal d’Afrique centrale (MRAC) rouvrait ses portes après une fermeture de cinq ans en raison de sa rénovation. Construit comme outil de propagande coloniale, le MRAC a souhaité faire peau neuve.

Les véritables raisons de sa rénovation

Pour deux raisons, cette décision datant du début des années 2000, s’imposait d’elle-même. D’un, la Belgique est à cette période sous le feu d’une critique postcoloniale concernant le régime meurtrier de Léopold II et l’assassinat du ministre Patrice Lumumba. Le musée, qui jusque dans son architecture vente les mérites de la colonisation, tente dès lors d’adapter son récit sur le passé colonial avec un regard se voulant plus critique. De deux, l’exposition permanente inchangée depuis les années 1960 continue de propager des visions eurocentrées et primitives de l’Afrique. C’est pour essayer de se départir de cette vision que le MRAC cherche à collaborer avec les diasporas africaines. Dans la pratique, ces collaborations se heurtent à de nombreuses difficultés : entre autre, les diasporas n’ont statutairement aucun poids dans les processus de décision.

Abondance et accumulation

Frappe au premier tour d’horizon, l’abondance ostentatoire des artefacts culturels et spécimen de toutes sortes qui emplissent les différentes salles du musée. Le musée a doublé sa capacité en mètre carré d’exposition et les salles déclinées par disciplines (ethnographie, géologie, biodiversité, zoologie, etc.) ont l’air de rivaliser tant les unes et les autres font état de leurs expertises accumulées. En cela, rien de nouveau avec la version du musée moderne du XIXème siècle : prime l’idée de l’accumulation d’objets et la reconstitution « comme en vrai » d’un monde lointain que l’on maîtriserait via la connaissance. Cette orientation très scientiste faisant de l’Afrique un objet de savoir appropriable éloigne complètement de l’idée d’un musée qui viendrait politiser des questions de société. Y compris lorsque la critique est présente, faisant par exemple sentir la dimension prédatrice de la colonisation, le visiteur est guidé comme pour aller découvrir non sans exotisme, l’ « Afrique », voire les « Africains ».     

Schizophrénie

Frappe une deuxième chose, l’identité schizophrénique du musée. Le MRAC se veut : musée d’éducation au développement, musée de sciences naturelles, musée d’arts traditionnel et contemporain africains, lieu de mémoire ou encore lieu de production d’un récit critique sur le passé colonial. Dans l’absence d’articulations, ou cloisonnement entre ces « missions », se logent des contradictions profondes. S’il est clair que la critique est plus accentuée qu’avant, que le colonialisme y apparaît enfin en tant que système d’exploitation établit par l’intermédiaire d’une violence à outrance, cela n’a pas d’impact sur la façon dont les artefacts culturels sont présentés. Lorsqu’il s’agit de la section ethnographique, les euphémismes refont leur entrée : les « objets » sont récoltés ou reçus en don sans que rien ne soit énoncé des conditions d’obtention. Par exemple, les statuettes dotées d’intérêt parce qu’elles alimentent les connaissances sur les rites funéraires sont exposées en abstraction des profanations de sépultures par lesquelles elles ont été obtenues. La section sur la géologie est peu, voir pas reliée à l’actualité des guerres d’extraction à l’est du Congo.

Une naïveté feinte

Exceptées les œuvres des artistes contemporains (Aimé Mpané, Michele Magema, Freddy Tsimba, Chéri Samba), le dispositif le plus original est celui où il s’agit d’ouvrir des tiroirs pour entrevoir des photos coloniales représentant les sujets coloniaux depuis les critères raciaux qui prévalaient à l’époque explicitement. Le geste d’ouverture/fermeture témoigne de ce qui doit impérativement être dit car conséquent en terme de racisme contemporain mais ne peut prétendre à quoi que ce soit d’autre d’intéressant. Au lieu de cette auto-critique, le MRAC a choisi de continuer de parler de l’ « Afrique ». Avec une naïveté feinte, le MRAC déplore le « paradoxe » d’une Afrique riche en matière première mais néanmoins pauvre. Cela, de manière symptomatique, sans interroger les effets de déséquilibre structurel provoqués par l’abondance des « objets de collections » détenus par le MRAC.

Véronique Clette-Gakuba

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