black is king beyonce
Culture

« Black is king »; Beaucoup de choses à dire. Beaucoup!

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Une oeuvre artistique majeure et imparfaite signée Beyonce!

La première chose à dire? REGARDEZ-LE!!! Regardez-le pour vous faire votre propre opinion. C’est assez difficile de l’aborder sans aucun « préavis », surtout vu le contexte social actuel. Oui, il y a l’influence des contestations, des revendications antiracistes qui ne peuvent pas être occultées lorsque l’on parle de « culture » des NOIRS, de l’Afrique, de la Diaspora africaine, de la « nécessaire reconnexion » de cette diaspora et du « Continent Premier ».

Mais qu’est-ce que ce « Black Is King » en fait ?

Avant de le regarder, il faut que vous replongiez dans 3 films qui ont précédé l’œuvre que nous propose Miss Beyonce :

  • « Un Prince à New York » (1988-John Landis, sur une idée de Eddie Murphy)
  • « Le Roi Lion » (1994 – Rob Minkoff, Roger Allers)
  • « Black Panther » (2018 – Ryan Coogler)

Pourquoi ces 3 films ? Parce qu’ils traitent tous d’une Afrique « idéalisée » par les Afro-Américains… Et « Black is King » ne déroge pas à cela. Pour preuve, les similarités sont criantes, les lieux de tournages, la recherche des décors, le foisonnement et l’opulence des costumes, la coloration et l’incorporation de « langues africaines ». Mais dans les 3 cas (avec un bémol pour « Le Roi Lion »), on nous propose non pas 1 pays et sa culture, mais un Continent entier que l’on veut nous montrer comme étant monolithique. Mais, l’Afrique n’est pas 1 grand pays ! C’est une multitude, c’est une constellation de royaumes, d’empires, de diversités ethniques, etc.

Un panafricanisme à la sauce américaine

Dans une des scènes, Beyoncé nous demande d’embrasser un panafricanisme total, et elle le symbolise par un drapeau… Mais ce drapeau est, en fait, le « Star-Spangled Banner » ! La Bannière étoilée ! le drapeau américain ! Avec des couleurs différentes, mais c’est bien le drapeau américain ! Donc le panafricanisme devrait suivre le modèle fédéral américain Mis Knowles-Carter ?

Et c’est là que mon attention est attirée par un autre fait dans ce « Black Is King » ! Tout est orienté Afrique Anglophone ! Les lieux de tournages : Afrique du Sud, Nigéria, Ghana. Et pour le reste, USA. Oui, elle est américaine et donc c’est plus simple pour elle de travailler avec et dans des pays anglophones, d’autant plus que ces pays sont, du point de vue de l’industrie du cinéma, bien plus structurés et développés que nombres d’autres pays… Mais, l’Afrique centrale, pilier du Continent, et l’Afrique de l’Est, sont absents. SAUF… SAUF… Quand on voit apparaître des femmes de la tribu Hemba (groupe ethnique de RD Congo, attaché aux Luba du Kasaï).

La liste des « featurings » va aussi dans le sens « Afrique Anglophone » puisque nous voyons des artistes de renoms du Continent tels que Yemi Alade, Tiwa Savage, Shatta Wala, Salatiel, Mr Eazi, Adut Akech, Lord Afrixana, Busiswa, Lupita Nyongo, Aweng Chuol, etc., et qui sont anglophones !

Un mélange un peu indigeste de traditions

Beyoncé souhaitait nous proposer un voyage dans les traditions de certains pays d’Afrique en les présentant comme des pratiques et des coutumes communes à tous les pays d’Afrique Noire… Oui ! OK ! mais le mélange, sans explications sur les origines et les appartenances font que, pour moi, tout cela devient un peu trop indigeste. On ne peut pas « balancer » tout de go des allusions sur les « Orishas » sans aller plus à fond dans les explications. On ne peut pas mettre, pêle-mêle, des femmes « Hemba », des Zulu, des Yoruba et consorts comme cela sans distinguo.

Une spiritualité africaine surplantée par une croix chrétienne

Et dans tout ce joyeux mélange, Beyoncé nous propose une revisitation de la figure « Biblico-Égyptienne » de « Moïse » avec la scène du couffin jeté dans le Nil avec le bébé dedans, couffin qui vogue au gré des vagues du puissant fleuve et qui va « sauver » l’enfant-roi !
C’est aussi un point qui me dérange, et qui démontre que toute la démarche de Beyoncé reste américano-américaine. Elle a voulu, je crois, nous faire réfléchir sur la spiritualité afro-originelle, sur la puissance de notre passé et sur la nécessité de retrouver notre identité noire africaine, mais elle nous plante une croix chrétienne lors d’une cérémonie de mariage royale africaine ! Huum !!!!
Et la dernière scène, le dernier clip musical, carrément une chorale gospel américaine avec Beyoncé trônant au milieu. J’adore le gospel et jamais je ne nierai ses origines africaines (le chant spirituel en chœur), mais je ne l’aurais pas fait aussi marqué à l’américaine. Bref, passons.

Entre chaque « clip », il y a des interludes. Des extraits du « Roi Lion » où l’on entend Mufasa parlant à Simba, Scar, Timun et son fameux « hakuna matata », etc., mais on entend aussi des extraits de discours politiques de certains activistes de la lutte pour les droits civiques aux USA et des leaders panafricanistes. A VOUS DE LES IDENTIFIER… hahaha.. Je ne vais quand même pas faire tout le boulot à votre place.

Un retour aux sources, mais à l’occidentale

« Black Is King », c’est la vision, poétique, mais aussi militante d’une Beyoncé qui veut contribuer, à la mesure de ses moyens, à une image positive de l’Homme Noir, d’où qu’il/elle soit. Mais c’est principalement, une ode à la connaissance de ses origines. Elle demande que l’on (re)connaisse notre propre histoire, notre propre passé et que l’on se souvienne de ce passé, de cette histoire qui était glorieuse. Et, comme d’autres avant elle, elle nous dit que la construction d’un brillant et puissant avenir pour l’Homme noir est dans un retour à son identité originelle…. Oui, mais avec une forte connexion au monde actuel, avec ses Rolls Royce et un mode de vie occidental hein ! Hahaha. OK. Je charrie.

Une inversion de rôles qui a fait bondir les WASP

On y voit une Beyonce « Royale » évoluer dans un cadre de luxe et avoir comme serviteur… un majordome blanc (la scène où le majordome blanc brosse les dents du petit prince, référence directe à Akeem de Zamunda… hahahaha) ! Moi, cette inversion de rôles m’a fait rire.

Bon… Vous l’aurez compris, j’aime ce « Black Is King », mais j’y mets quelques (petites) réserves et mises en garde. Pour le voir, il faut avoir une certaine connaissance plus large que ce que l’on nous propose. Ne pas voir cela comme une réalité africaine.

Artistiquement énorme

Pour le côté purement artistique, il me faut tirer un grand coup de chapeau à Beyoncé. Son œuvre est magistrale au point de vue de la qualité technique, des images, de la coloration, de la scénologie. Les collaborations avec les stylistes donnent une richesse incroyable à cet opus, à cette « fantaisie musicale »… Oui. Une fantaisie, plus qu’un film ou qu’une comédie musicale. Et c’est bien ainsi.

Bref…

Black Is King est une œuvre qui restera dans l’univers artistique comme une œuvre majeure, à n’en point douter. Je salue vraiment le travail de Beyoncé et de toute l’équipe de ce film. C’est un vidéo-clip d’une heure 25 min qu’il faut voir, et revoir pour en capturer toutes les subtilités et les messages contenus. Ne vous laissez pas emporter par les images seules. Il vous faut bien écouter les paroles des chansons (surtout le « Brownskin Girls » et les interludes !

Un extrait que j’ai retenu ? Je vous traduis de l’anglais :

« l’ombre et la lumière. La dualité. L’équilibre entre le bien et le mal… Le bien et le mal sont souvent ensemble. Rien n’existe souvent seul. Il y a un dialogue entre l’ombre et la lumière… Ce n’est pas toujours une bataille. C’est une conversation. » Je me suis posé la question : « Qui est l’ombre, qui est la lumière » ?

Cherchez à répondre à cette question et vous comprendrez le fond du message de Beyonce. Selon moi !

Voilà. Bravo à Beyonce. Et j’espère que cela va booster la créativité positive des millions d’artistes afros qui ont dans un coin de leur tête un chef-d’œuvre en gestation.

Philippe « Spider » Liondjo

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