racisme

Amadou Mbarick Fall, dit « Siki », le champion dit « championzé » par les français

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Trop fort pour ses adversaires, trop noir pour les français. L’histoire troublante d’un immense champion venu du Sénégal.

Après des révélations sur Leone Jacovacci abordé précédemment dans nos colonnes, voici Battling Siki, le boxeur franco-sénégalais à l’histoire dramatiquement racisée.

Battling Siki, ou Amadou Loris Mbarick Fall, est né en 1899 au Sénégal, alors colonie française, dans la 2e ville du Sénégal, Saint-Louis.

Son histoire a commencé lorsqu’il plongeait du haut des falaises pour aller chercher dans la mer les pièces de monnaie jetées par les Français. Il est repéré, kidnappé et vendu par une danseuse néerlandaise qui l’emmène en Europe. Son voyage l’arrêtera en France. Là-bas, il travaillera dans l’arrière cuisine d’un café de Marseille.

Lors d’une dispute, Amadou donnera un violent coup de poing à un client du café. Dans le public se trouvait un entraineur de boxe qui va le recruter et l’appelera « Siki ». Dès ses premiers combats, il enchainera les victoires avant de s’engager du côté des tirailleurs sénégalais lors de la 1e Guerre mondiale. A l’issue de celle-ci, il finira adjuvant et décoré de la médaille militaire et d’une croix de guerre, avant de reprendre le chemin des rings en 1919.

Ses chiffres sont sans appel : il mettra KO tous les champions d’Europe de boxe en moins de 4 ans, totalisant 43 victoires sur 46. Son secret ? Une technique qu’il a empruntée à la lutte sénégalaise, sport traditionnel dans le pays de Léopold Sédar Senghor.  Cela va attirer l’attention des médias qui voudront le mesurer à la star des rings français de l’époque, Georges Carpentier, le Zinédine Zidane de la boxe à l’époque. Celui-ci était sur une pente descendante et va exiger que le match soit truqué, ce que Siki va accepter, n’ayant pas vraiment le choix, à condition que Carpentier ne le frappe pas.

Le 24 septembre 1922, se tient un combat rassemblant plus de 50 000 spectateurs, parmi lesquels se trouvent Ernest Hemingway, Hô Chi Minh, et Mistinguett. Au début du combat, cela se passe comme prévu dans l’arrangement, Siki se couche dès les premiers rounds, ensuite, Carpentier a brisé l’accord car il voulait plus de spectacle. De là, Siki va riposter et gagner le combat, à l’issue duquel l’arbitre va le disqualifier pour un soi-disant croc-jambe. Cependant, les encouragements du public à l’attention de Siki vont obliger l’arbitre à inverser le résultat du combat et à déclarer Siki gagnant.

Siki achève Carpentier

Siki deviendra le premier Africain à être champion de France, champion d’Europe et champion du monde de boxe. Mais, à cette époque du racisme et des colonies, voir un noir champion de France et du monde était tout simplement inimaginable.

A partir de là, une véritable campagne de dénigrement va commencer : accusation de drogue, tentative de disqualification, abus sexuel sur mineure, conduite antisportive, différence de squelette entre les Noirs et les Blancs, ce qui a mené à la déchéance de son titre. Par la suite, il a même été appelé « championzé » par les médias français de l’époque, ce qui était une contraction de chimpanzé et de champion. D’ailleurs, on lui prêtait également un français approximatif alors que son français parlé et écrit étaient bons.

Á bout, Siki va révéler la magouille du match qui l’a opposé à Carpentier. A l’époque, le cas Siki devient une histoire politique. Selon Slate, le député Blaise Diagne, également originaire du Sénégal, prend la défense du boxeur à l’Assemblée nationale française :

« C’est pour n’avoir pas obéi aux directives de ceux qui, en organisant des spectacles truqués, enlèvent son argent au public que ce garçon qui, saisi par le sentiment de sa force, n’a pas voulu s’étaler à la quatrième reprise devant Carpentier qu’il a été condamné en France à crever de faim. ».

Il va être réintégré et récupérer son titre, mais il n’arrivera plus à faire le moindre combat, ce qui va l’amener à s’exiler. Interdit de combat en France, il va partir en Irlande, où les spectateurs l’attendaient de pied ferme et armés, il perdra face au champion en titre irlandais, ce qui lui enlèvera tous ses titres. Afin de redorer son blason, il va aller aux USA pour se mesurer aux meilleurs ; cela lui sera refusé vu la ségrégation raciale sévissant aux États-Unis. Les victoires emportées sont données aux Blancs, ce qui n’empêchera pas la mafia d’avoir une dent contre Siki. On lui reprochera son amour pour l’alcool et les femmes blanches. Il a été marié à 2 femmes occidentales, c’était mal vu, surtout vu la ségrégation raciale aux USA. Il a quand même eu un fils, Louis, fruit de sa relation avec une Néerlandaise.

Siki et sa famille

Le 15 décembre 1925, à l’âge de 26 ans, Battling Siki est retrouvé mort au Hell’s Kitchen à New York, célèbre quartier qui a vu Alicia Keys ou encore Sylvester Stallone grandir. Son assassin n’a jamais été retrouvé. Par contre, à l’heure d’écrire ses mémoires, Georges Carpentier, le champion de l’époque, a révélé avoir reçu des lettres lui disant qu’il avait été « vengé », cela juste après la mort de Siki.

En 1993, la dépouille du défunt champion a été rapatriée à Saint-Louis au Sénégal, sur initiative de la World Boxing Council (WBC), 70 ans après sa mort.

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