Belgique

LES ÉTUDIANTS AFRICAINS DE BELGIQUE SONT UNE FORCE QUI S’IGNORE ENCORE

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Christian Essomba Etaba est diplômé en Marketing. Il nous livre sa vision et son témoignage sur la place et les défis de l’étudiant africain en Belgique.

Les associations africaines en Belgique se positionnent souvent comme des interlocuteurs privilégiés entre la population immigrée subsaharienne et l’Etat belge. On se rend compte pourtant que dans la plupart des cas, la communauté estudiantine africaine n’est pas consultée. D’autres parlent à sa place. 

«Les opprimés n’ont rien, ils n’ont pas d’argent, ils n’ont pas d’armes, ils n’ont pas le pouvoir. La seule force qu’ils puissent avoir c’est celle de leur organisation et de leur discipline. Ce n’est pas tant à la violence que j’appelle mais à l’organisation, à la cohésion et à l’unité».

Vous êtes étudiant. Quelles principales difficultés rencontrez-vous comme étudiant et expatrié africain en Belgique ?

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Les préjugés sur la population africaine ont les dents longues. Nous continuons d’être victimes des stéréotypes véhiculés par les média occidentaux. Pour ma part, j’ai l’impression que tout est mis en œuvre pour nous dévaloriser. En commençant déjà par l’épreuve de l’équivalence des diplômes qui doit nous faire comprendre que nos savoirs acquis chez nous n’ont pas la même valeur ici. Certains étudiants titulaires d’une Licence, équivalent ici du baccalauréat diplôme de fin d’études du 1er cycle universitaire (L3), doivent retourner en 1ère année à cause d’un défaut dans l’étude de leur dossier d’équivalence. A l’école aussi, certains professeurs nous regardent différemment. Nous n’avons pas la même attention objective que nos collègues de classe belges. Parce que nous venons d’Afrique, on nous regarde parfois avec pitié. Comme si c’est ici que nous découvrions le bonheur ou l’instruction. Lorsqu’il faut se mettre en groupe pour travailler un thème proposé par l’enseignant, ce n’est pas évident d’intégrer l’un ou l’autre ensemble. Vous savez bien cette crainte qu’ils ont de nous intégrer dans leur groupe. Nous sommes supposés être ignorants et faibles. Ce racisme latent peut créer une mauvaise ambiance et des relations conflictuelles entre les étudiants africains d’une même classe ou d’une même école et le personnel enseignant, administratif ou étudiants belges de l’établissement. Pour dire plus simple, nous devons toujours faire beaucoup plus d’efforts.

Des réalités bien sombres. Vers qui doivent donc tendre les interpellations étudiantes pour espérer un changement ?

La notion d’ensemble doit être essentielle pour l’africain en général ou l’étudiant africain en Belgique. Il est important d’intégrer un groupe, une association. Cette synergie créée rendra de façon plus sérieuse et efficace notre communication vers les autorités belges. C’est la Belgique, l’Etat qui s’occupe de la politique d’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère sur leur territoire. Ils fixent certes leurs règlements, mais nous avons aussi des droits en tant qu’êtres humains et donc le droit de leur soumettre nos avis et propositions.

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On continue de se rendre compte de l’absence de la communauté estudiantine africaine dans les questions essentielles qui conditionnent leur vie dans les différents pays d’accueil en Europe. Constat accablant ou pure paranoia ?

Il faut avant tout rappeler que nous arrivons dans cette société avec des ambitions personnelles partagées. Certains vont évoquer l’égoïsme pour justifier cette absence. Je ne suis pas d’accord. Je pense plutôt que l’étudiant africain subit d’énormes pressions. D’aucuns sont seuls à leur arrivée ici, ils portent sur leurs épaules les espoirs d’une famille qui a fait d’énormes sacrifices financiers pour leur permettre de se trouver en Europe. Se disent-ils, ici ils auront sûrement plus de chance de s’en sortir que dans leur propre pays. Cette pression devient une entrave psychologique qui les empêche de ne se soucier d’autre chose que ce qui leur est rentable financièrement. Il y en a qui se disent qu’ils ne doivent rien à leur pays parce que leur pays ne fait rien pour améliorer leurs conditions de vie ni en Afrique ni ici pour ceux qui ont émigré. Quand ils ont souffert chaque jour et chaque nuit dans la froideur de l’hiver mais aussi la froideur des relations humaines qu’ils ont découvert ici, personne n’était là. Tout ceci pour dire qu’avant de considérer d’égoïstes cette partie d’étudiants qui ne semblent pas s’intéresser aux problématiques de leur vie d’expatriés pour études, il faut bien relativiser et analyser le problème.

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Quelles démarches peuvent donc être mises en œuvre par les étudiants pour amener les autorités consulaires ou ambassades de leur pays à se préoccuper de leur situation ?

La démarche prioritaire, je l’ai déjà citée plus haut, c’est d’intégrer les associations. Autant lorsqu’il s’agit de porter nos doléances aux autorités belges, qu’à nos représentations étatiques, il nous faut rassembler le maximum de personnes pour faire pression. Comme on dit l’union fait la force. Seul, on ne peut aboutir à rien. Ceci me rappelle les propos d’un philosophe français contemporain Alain Badiou : «Les opprimés n’ont rien, ils n’ont pas d’argent, ils n’ont pas d’armes, ils n’ont pas le pouvoir. La seule force qu’ils puissent avoir c’est celle de leur organisation et de leur discipline. Ce n’est pas tant à la violence que j’appelle mais à l’organisation, à la cohésion et à l’unité».

Ralf Touomi

 

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